Christianophobie : la position de Michel Terrot est-elle crédible ?

Monsieur Michel Terrot, député UMP de la 12ème circonscription du Rhône, a cosigné fin novembre un courrier ratifié par 57 députés, toutes tendances de l’UMP confondues, lettre qui condamne les actes christianophobes en France et à l’étranger.

Cette lettre condamne en priorité la persécution des chrétiens dans le monde et tout particulièrement en Orient.  Mais elle condamne aussi les actes de profanation dans notre pays, « dans l’indifférence générale ». Elle fait notamment référence à l’Art, « qui après avoir été « sacré » pendant plusieurs siècles dans notre pays, est désormais trop souvent irrespectueux de la religion chrétienne ». Elle fait notamment référence au Piss-Christ d’Avignon et aux deux pièces de théâtre « Sur le concept du visage du fils de Dieu » et « Golgota Picnic ».

Mais quelle portée faut-il donner à cette lettre ? Encore une de ces manoeuvres politiciennes pour draguer un électorat qu’on trompe par ailleurs ?

La démarche est pourtant légitime. Rien que sur notre territoire, les actes christianophobes sont de plus en plus fréquents. Selon un communiqué de Novopress du 01/12/2011, le nombre de profanations de lieux de cultes et de cimetières a doublé entre 2008 et 2010, passant de 304 à 621. Et les profanations concernent à 85 % des lieux chrétiens, avec 308 églises et 214 cimetières vandalisés. De même, dans le domaine artistique, littéraire, sur les plateaux de télévision, au sein des établissements scolaires, tout au long de l’année à l’occasion des fêtes traditionnelles françaises, les occasions ne manquent pas pour attaquer ou renier nos traditions chrétiennes. Comme le dénonce le courrier ratifié, la lutte parfois acharnée à la laïcité et la sacro-sainte liberté d’expression engendrent  l’irrespect de la religion chrétienne et l’abandon de nos traditions françaises.

Mais cette démarche, sans réelle volonté politique, est vouée à l’échec. Tout comme la proposition de loi sur l’ASPA (cf article du 6/12/2011). Comme la précédente, elle n’a même pas été défendue. Le Progrès du 9/12/11 nous rapporte que le député-maire de Vienne, Jacques Remiller, à l’origine de cette initiative, s’est empressé de déclarer « je demande juste une prise de conscience ». Pour un député, les moyens sont faibles. « Nous devions attirer l’attention des Français sur ce problème ». Les Français sont conscients du problème ; ils attendent juste que les hommes politiques prennent des décisions en ce sens…. et non juste de belles lettres d’intention.

Mais comment pourrait-il en être autrement puisque tous ces députés UMP défendent la politique de Nicolas Sarkozy et vont bientôt faire campagne pour lui. Comment la situation peut-elle s’améliorer ?

– D’abord le gouvernement Sarkozy est pro-européen et l’Union Européenne méprise les traditions chrétiennes. En effet, l’agenda européen 2011, conçu pour promouvoir l’Europe et ses institutions, envoyé à des millions d’exemplaires auprès des lycéens, cite les fêtes des religions les plus diverses (notamment le ramadan en septembre) et ne cite aucune fête chrétienne, Pâques, Pentecôte, Ascension … même pas Noël. Notre ministre des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, s’est bien-sûr offusqué : « Cet oubli est l’illustration d’une Europe qui n’assume pas ses racines chrétiennes et, ce faisant, se renie (…) On ne doit pas avoir honte de l’Europe des clochers, qui est constitutive de notre identité ». Une belle déclaration sur le papier. En pratique, Nicolas Sarkozy signe pour toujours plus d’Europe. Dans son discours de Toulon du 01/12/11, il prône le renforcement de l’Union Européenne par la constitution d’un nouveau traité européen, au mépris du vote des français lors du référendum du 29 mai 2005.

Chantal Delsol, dans Valeurs Actuelles du 27 janvier 2011, le dénonce. « Le premier adversaire du christianisme, ce n’est pas un certain islam. Ce sont d’abord les instances de l’Union européenne, qui par le silence ou le déni ouvrent la portes aux oppressions ». Cette « omission » des fêtes chrétiennes traduit une volonté de faire fi de notre « culture instauratrice et nourricière » (…) « cela s’appelle du négationnisme » (…) c’est-à-dire « la révision et la négation de faits historiques patents ». Car, pour Madame Delsol, « encore s’agit-il moins de défendre le christianisme (…) que toute la culture qu’il a fait éclore. Sans lui n’existeraient ni la démocratie moderne, ni les droits de l’homme, ni l’égalité en dignité, ni l’idéal du progrès, ni la tolérance ».

– D’autre part, on peut douter d’une réelle volonté politique de lutter contre les profanations de sépultures chrétiennes. La presse, dont on peut parfois douter de son indépendance (!), a sans doute « oublié » de transmettre l’information des 522 églises et cimetières profanés rien qu’en 2010. En outre, le monde du 29 nov 2011 rapporte un rapport du groupe d’études sur la politique de prévention et de lutte contre les profanations de lieux de culte et de cimetière. Face à la « banalisation » de « ce fléau », les députés estiment que l’arsenal juridique existant pour punir ce type de délits est suffisant.

– De même concernant la liberté d’expression dans le domaine artistique et l’atteinte au « sacré ». Dans un Etat laïc qui est le nôtre et où la règle de la neutralité est de mise, la marge de manoeuvre des politiques est sans doute très restreinte. Mais alors quelle légitimité à cette lettre, sinon électoraliste ? Et tout au moins l’Etat pourrait-il avoir la décence de limiter les subventions accordées à ces organismes. Le Théâtre du Rond-Point ayant mis en scène « Golgota picnic » bénéficie d’une subvention de 1.026.562€. Le théâtre de la Ville à Paris ayant mis en scène l’autre pièce est, elle aussi, lourdement subventionnée par les deniers publics. De même, Yvon Lambert qui a exposé à Avignon le « Piss Christ », photo d’un crucifix baignant dans l’urine, vient de se voir promettre une aide de 8 millions d’euros par l’Etat pour agrandir son musée d’art moderne en contrepartie de la donation de sa collection Lambert à l’Etat.

Enfin cette démarche est vouée à l’échec parce qu’elle va à l’encontre de l’image que Nicolas Sarkozy se fait de la France et que ses représentants UMP doivent ou devront bientôt défendre.

M. Sarkozy a une vision européenne de l’hexagone. Il l’a déclaré à Philippe de Villiers en 1999 « Tu as de la chance, Philippe, toi tu aimes la France, son histoire, ses paysages. Moi, tout cela me laisse froid. Je ne m’intéresse qu’à l’avenir…». Il le démontre à nouveau dans son livre de 2004 intitulé « La République, les religions, l’espérance ». Sous couvert d’en finir avec la laïcité anticléricale d’autrefois et de se faire l’avocat d’une « laïcité positive », il donne en fait les coups de pouce nécessaires à l’organisation de l’islam de France dont il est devenu l’architecte, consacrant très peu de pages en fait aux autres religions. Et même lorsqu’il part en campagne pour séduire l’électorat catholique, il ne convainc personne. Lors de ses 2 visites au Vatican en décembre 2007 et octobre 2010,  Nicolas Sarkozy fait preuve d’un profond manque d’intérêt et de respect pour la religion catholique en commettant la grossièreté d’arriver en retard et de consulter ses SMS au côté du Saint Père. Alors, comme notre Président n’en est plus à une contradiction près, il a, en mars 2011 au Puy en Velay, salué « l’héritage chrétien de la France » comme il le fera surement le 6 janvier prochain dans les Vosges et dans la Meuse à l’occasion de la commémoration du 600è anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc. Et pendant ce temps, dans le silence et l’indifférence générale,  l’épreuve de culture générale disparaît du concours d’entrée de Sciences po, nos héros d’autrefois – Clovis, Jeanne d’Arc et Louis XIV parmi tant d’autres – disparaissent des ouvrages scolaires … parce que, en haut lieu, il semble que le pouvoir prime sur l’Histoire.

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