Le lynchage médiatique de Stéphane Poncet

Stéphane Poncet, vice-secrétaire de la fédération Front national du Rhône et candidat aux législatives dans la 6ème circonscription du Rhône a été directement visé par Guy Birenbaum mardi 31 janvier 2012 sur Europe 1 dans l’émission Des clics et des claques. Ses dessins, qualifiés de caricatures racistes, ont dès lors défrayés la chronique dans grand nombre de journaux ce matin. Pour Christophe Boudot, Secrétaire départemental de la Fédération du Rhône, « les accusations de racisme portées contre Stéphane Poncet tiennent plus de la chasse aux sorcières qu’autre chose ».

Que l’on apprécie ou non les dessins de Stéphane Poncet, qu’on les trouve géniaux ou ignobles, il est clair qu’ils se veulent provocants et ne font pas dans la finesse. C’est d’ailleurs là le propre des caricatures. Visant l’humour et le ridicule, la caricature a pour finalité de provoquer une prise de conscience d’un phénomène, de mettre en lumière une situation pour susciter des questions et provoquer une pensée critique. La caricature de l’actualité est par hypothèse dans l’outrance, révélant un problème, un malaise. Vient alors le temps des controverses. Car ce n’est pas tant la caricature qui pose problème que son interprétation. Et nombreux sont ceux qui, bien que défendant la liberté d’expression, peuvent trouver que son auteur est allé trop loin.

Les exemples ne manquent pas ces temps-ci. Des catégories entières de personnes sont visées sous couvert de liberté d’expression. Les chrétiens en ont fait la triste expérience lors des affaires récentes – Piss-Christ d’Avignon et les deux pièces de théâtre « Sur le concept du visage du fils de Dieu » et « Golgota Picnic »-. La liberté d’expression autorise tout sous réserve d’en répondre devant les tribunaux en cas de diffamation ou calomnie.

L’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme énonce : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » La Cour européenne des droits de l’homme (7 décembre 1976, no 5493/72, Handyside c/ Royaume-Uni)  a précisé : « La liberté d’expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels, il n’est pas de « société démocratique ». »

Seulement voilà, comme l’écrit Andreï Makine « le politiquement correct est une forme de totalitarisme à l’occidentale » et les apparatchiks de la pensée unique viennent encore de frapper, mettant sous tutelle la libre expression quand bon leur semble, au gré des sondages d’opinions. Les grands médias évangélisateurs, comme aime à les nommer Ivan Rioufol dans son livre « De l’urgence d’être REACtionnaire », continuent de s’approprier « une société civile trop longtemps abusée et instrumentalisée ». Le télespectateur, l’auditeur, le lecteur est assuré, grâce aux bons conseils « des médias donneurs de leçons » (…) d’y trouver là tous les codes à respecter et toutes les indignations du moment. Le ressort est simpliste : l’autre a raison, car une société apaisée ne peut se permettre d’être conflictuelle ; donc, l’autre ne peut être à la source d’aucun problème. D’où la récurrence de l’accusation d’une « haine de l’autre » porté à celui qui ne se contente pas de se pâmer sur commande » !

A cela, Emmanuelle Haziza, candidate UMP aux législatives de Villeurbanne, y va de son indignation, son « écoeurement », sa « révolte ». « Tout le sens de mon engagement politique est de lutter contre de telles dérives qui blessent la République et déshonorent ceux qui les portent ». Mais alors, lorsque M. Terrot, député UMP de la 12ème circonscription du Rhône, se plaint de « la mine de babouins réjouis des socialistes » lors de l’annonce de la perte du triple A, à l’occasion de ses voeux à la salle Chabrières à Oullins devant plus de 500 sympathisants la semaine dernière, n’est-ce pas une dérive qui blesse la République et déshonore ceux qui les portent ?