Une jeune française brûlée vive

Le 12 avril 2012, les pompiers interviennent dans un pavillon de Villemomble en Seine-Saint-Denis pour éteindre un feu. Ils découvrent dans la chambre le corps d’une jeune fille de 17 ans ligotée aux poignets, recroquevillée au pied du lit, sa tête et son torse carbonisés après avoir été aspergée d’un liquide inflammable.

Dix-sept personnes, membres de la communauté pakistanaise, se trouvaient dans le pavillon et ont été interpellées, mais seul le soi-disant petit ami de la victime âgé de  22 ans a été mis en examen pour assassinat et incarcéré.

L’assassinat barbare de cette jeune fille m’interroge :

1. Comment se fait-il que le drame ayant eu lieu le 12 avril ne soit révélé dans la presse que le 23 avril soit plus de 10 jours après et au lendemain du 1er tour des Présidentielles ?

2. Comment se fait-il qu’un tel « fait divers » n’a fait l’objet que de quelques lignes dans tous les quotidiens et médias, pour exemple le Progrès  ? Le suicide de Amina Al Filali,16 ans, a bouleversé la société marocaine et généré un débat sur la condition des femmes dans ce pays. En France, les meurtres ou tentatives d’assassinat de femmes par le feu ou l’acide se succèdent dans l’indifférence presque générale. Mars 2012 Vaulx-en-Velin femme 20 ans (frère) / Février 2012 Paris femme de 23 ans (père)/ Janvier 2012 Seine-Saint-Denis, femme de 50 ans / septembre 2011 Yvelines femme 46 ans (mari religieusement) /Janvier 2011 Puget-Théniers femme de 20 ans (mari)  / Juin 2010 Haute Savoie, femme de 35 ans (mari) / novembre 2009 Seine et Marne, femme de 29 ans (mari)  / Juillet 2009 Oullins femme 22 ans (frère)

3. S’agit-il d’un crime d’honneur ? Un crime dit « d’honneur » est un crime perpétré en réaction à un comportement perçu comme ayant apporté le déshonneur à une famille, et ayant donc enfreint le code d’honneur. A la différence du crime passionnel, il est la plupart du temps prémédité. Nulle mention dans la presse qu’il puisse dans le cas présent s’agir d’un crime d’honneur malgré la précision de la présence de 16 personnes dans le pavillon en plus du petit ami et du fait que la jeune fille voulait quitter son meurtrier présumé qui la violentait. Ce meurtre viendra rejoindre les trop nombreuses statistiques de violences conjugales.

Comme précisé dans mon article du 1er octobre 2011 « Meurtre de Fatima : crime d’honneur ? »  il est regrettable qu’en France, il n’existe pas une volonté gouvernementale de se donner les moyens de lutter contre les « crimes d’honneur » pourtant de plus en plus nombreux et d’élaborer une politique complète en la matière. Si cela était le cas, on pourrait dégager des statistiques et étudier leur évolution dans le temps et dans l’espace pour mieux les combattre.

Pourtant, le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ont avancé pour la première fois en 2003 des recommandations d’ordre général. Mais seuls les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont adopté un dispositif complet, alliant prévention auprès des associations d’immigrés, protection des témoins, formation des policiers et création d’unités spéciales.  Une association britannique a ainsi pu recenser près de 3000 victimes de « crimes d’honneur » au Royaume-Uni en 2010. Battues, séquestrées, mutilées, aspergées à l’acide ou tuées pour avoir porté atteinte à l’honneur de leur famille. Les plaintes déposées à la police ont doublé en un an dans certaines zones, dont Londres. Ces chiffres restent en outre sous-estimés, de nombreuses victimes n’osant pas porter plainte par peur de représailles.

La  France n’échappe pas à cette évolution. Afin de rendre plus efficace la lutte contre les violences conjugales engagée depuis plusieurs années, il faudrait envisager les différentes causes possibles et les « crimes d’honneur » devraient faire l’objet d’une attention particulière.

Sur le même sujet

2 juin 2012  L’imam Mohammed Hammami ne devrait pas être expulsé

6 mars 2012  Il ébouillante sa soeur pour la punir

1 mars 2012   M. Mélenchon, grand défenseur de la cause féminine ?

1er octobre 2011  meurtre de fatima : crime d’honneur ?