Nuits sonores : de la musique ? … surtout du bruit !

La Mulatière – Sainte-Foy-lès-Lyon    La 10ème édition des Nuits Sonores aura lieu du 16 au 20 mai 2012 à l’occasion du WE de l’Ascension. Pour beaucoup, ce week-end représente une agréable perspective de congés pour profiter des beaux jours du printemps. Pour tous les habitants de la Mulatière et ceux de la colline de Sainte-Foy (des milliers d’habitants donc), la perspective de nièmes nuits blanches et de stress intense. Pour ne pas parler des nombreux étudiants et bacheliers qui ne pourront pas travailler ce week-end-là malgré la perspective proche des examens.

Nuits Sonores, créé en 2003 est un festival annuel de musique électronique se déroulant sur quatre jours (et quatre nuits …) à Lyon. Il investit une cinquantaine de lieux dans la ville. Et le Marché Gare sera encore (et soi-disant pour la dernière fois comme déjà annoncé l’an passé !) le site principal des Nuits Sonores et ce, toutes les nuits jusqu’à 5h du matin.

Les organisateurs du  festival, conscients de la “gêne” occasionnée, vont nous proposer à nouveau ligne téléphonique et adresse mail pour que les riverains puissent alerter les organisateurs en cas de problème. Mais la réponse est déjà toute rédigée comme celle que j’ai pu recevoir l’an passé. Fort polie, “nous vous renouvelons nos excuses” mais sans réelle volonté de faire changer les choses “malheureusement nous ne pouvons pas toutes les éviter” (dixit “les fortes nuisances”). En fait, du côté des organisateurs, soutenus par la ville de Lyon, on minimise les nuisances :

“Si on a dix réclamations par année sur toute l’agglomération, c’est bien un maximum ! des réclamations d’ailleurs plutôt liées au projet musical lui-même …” observe un organisateur au Progrès du 01.06.2011.

De qui se moque t-on ? Car, je vous assure, 4 jours et 4 nuits de musique électronique qui font trembler non stop vos vitres et vos neurones, cela vous rend très nerveux et a nécessairement des conséquences sur votre santé. Or, s’il existe des normes réglementaires en terme de volume des décibels dans les endroits clos, une réglementation spécifique en matière de diffusion musicale en plein air est toujours attendue malgré une réflexion menée dans le cadre des travaux du Conseil National du Bruit depuis plusieurs années.

Pourtant, des lois existent concernant le tapage nocturne et je m’étonne que la Ville de Lyon s’assoit ainsi dessus. Ou alors c’est juste parce que cela couvre des communes qui n’abritent pas pour M. Collomb de futurs électeurs.  Le Code Pénal et le Code de la santé publique sanctionnent les bruits nocturnes troublant la tranquillité d’autrui et sont passibles d’une amende de 450 € avec possibilité de confisquer l’objet ayant servi à commettre l’infraction. De nombreuses pétitions ont été signées par des collectifs de riverains de la Mulatière et de Sainte-Foy-lès-Lyon ; une action a été entreprise par la mairie de Sainte-Foy-lès-Lyon … aucune n’a aboutie. Pourquoi ?

Ces deux dernières années, le festival Nuits Sonores a accueilli 80.000 visiteurs. Il se vante de se fixer comme objectif de transformer la cité lyonnaise en un terrain de jeu, en un espace de liberté pour ceux qui aiment et qui veulent partager cette culture, cet esprit. Et quid de la liberté de ceux qui n’aiment pas et ne veulent pas partager cette culture ?

Chaque homme et femme politique devrait, en organisant ou autorisant un évènement médiatique, se poser en tout premier lieu ce constat intérieur “ne fais pas à autrui ce qui tu ne voudrais pas qu’on te fasse à toi-même”. Je réitère mon invitation pour la 10ème année consécutive à tous les organisateurs, à tous les décisionnaires, à tous les élus lyonnais responsables de cette “rave party municipale” de venir passer ne serait-ce qu’un petit moment dans mon salon pour imaginer l’enfer vécu par les milliers de Mulatins et de Fidésiens pour le soi-disant rayonnement européen de la musique électronique et de la culture numérique.

“La liberté des uns finit où commence celle des autres”. Autrement dit, la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi et lorsque cela est chose faite, elles ne peuvent être appliquées que par les hommes politiques. M. Collomb ferait-il parti de ces hommes politiques se sentant assez au-dessus des lois qu’il se permettrait de s’assoir dessus ?

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