La traque des grands criminels

Dans la série “quel sort le gouvernement français réserve t-il à ses grands criminels ?”, un nouvel épisode sur Lyon est fort révélateur du courage dont il peut faire preuve.

Le 5 septembre dernier, René Ferras, 81 ans, est victime d’un malaise cardiaque. Les secours, puis les policiers, découvrent à cette occasion sur place au grenier un incroyable arsenal (plus de 250 armes et surtout des grenades et obus, vides de poudre), une collection unique patiemment édifiée par l’octogénaire depuis 1952.

Le 8 septembre, tout le quartier de la rue Duhamel vers Perrache est bouclé pour que forces de l’ordre et démineurs puissent neutraliser, évacuer et transporter dans un établissement de l’Etat ce stock d’armes, vrai trésor de guerre. Bref la totale. Or, il s’est avéré depuis qu’il s’agissait en fait d’une collection inoffensive et certains voisins ne se sont pas privés de dire que toute cette opération était pitoyable sinon grotesque.

M. Ferras, écoeuré, trouve cette affaire complètement absurde. D’abord parce que tout était neutralisé. Il avait tout acheté avec ses petits moyens en connaisseur averti mais avait fait l’erreur de faire l’économie des certificats (la certification de neutralisation des armes par le Banc national d’épreuve à Saint-Etienne coûte 650 € pour chaque arme). D’autre part parce que tout le quartier et même les policiers étaient au courant de cette collection.

M. Ferras avait parfaitement le droit de conserver les pièces de collection, c’est-à-dire celles antérieures à 1870 mais les autorités lui ont alors imposé de payer tous les frais occasionnés par la neutralisation, le déploiement des forces de l’ordre et les frais d’instruction. Il a donc été économiquement contraint de signer un papier où il déclarait abandonner toute sa collection.

Toutefois, il conservait l’espoir de pouvoir léguer son arsenal au musée d’Histoire militaire de Lyon. Maurice Bellon et le colonel Dumas, respectivement directeur et administrateur de ce musée, ont tout de suite tenté de sauver ce patrimoine national en déclarant au Dauphiné Libéré “Dès qu’on a eu connaissance de l’existence de ces armes, on s’est positionnés pour pouvoir les récupérer et les sauver de la destruction. Nous défendons le patrimoine de la France ; certaines pièces de la collection de M. Ferras ont une valeur inestimable”. Ils avaient ainsi réussi à trouver le budget nécessaire pour s’engager à neutraliser officiellement les armes modernes et ainsi récupérer l’ensemble de la collection.

La justice en a décidé autrement, le musée n’ayant pu récupérer qu’une vingtaine d’armes sur les 250 saisies par les autorités. Au moins 90 % des armes seront découpées et broyées rapidement dans une entreprise spécialisée et sous surveillance.

Jean-Jacques BUIGNE, président de l’UFA (Union Française des amateurs d’Armes) s’étonne dans un article “scandale : destruction d’armes anciennes à Lyon”  du 24 novembre 2011 sur le site www.armes-ufa.com : “pourquoi une telle précipitation ? Peut-être qu’un expert aurait pu faire le tri entre ce qui est armes de collection et ce qui ne l’est pas ?”.
Cette Union vient de protester solennellement auprès du Procureur de Lyon contre cette destruction de biens culturels, destruction d’autant plus étonnante qu’elle intervient juste au moment où le Président de la République inaugure à Meaux le nouveau Musée de la Grande Guerre en valorisant cette conservation du patrimoine. Hasard du calendrier ?

Destruction d’autant plus étonnante aussi que, lorsque M. Ferras a dû renoncer à toute sa collection, il manquait dans l’inventaire les pièces anciennes qui lui étaient le plus cher notamment son fusil à silex de 1728. Et son propre inventaire aurait lui-même disparu. Ces “disparitions fortuites” sont-elles le hasard de la perquisition ? Convoqué par la Commission des Lois du Sénat le mardi 22 novembre 2011, M. Jean-Jacques BUIGNE a pu présenter cette situation aux Sénateurs.

La situation est d’autant plus grotesque que l’actualité nous rappelle hélas chaque jour, notamment dans la région lyonnaise, que les “vraies” armes, celles qui marchent et qui tuent, ne manquent pas. Certaines banlieues sont devenues des zones de non-droit où l’économie se fonde sur le trafic de stupéfiants, l’école est celle du crime et la justice celle des armes. Ces zones de non-droit sont des lieux de stockage et de vente idéaux d’armes de plus en plus lourdes. Nombreux sont ceux qui connaissent ces planques de lance-roquettes, pistolets mitrailleurs, fusils à pompe, fusils d’assaut, kakachnikov et même obus et personne ne fait rien. Il est tellement plus facile de perquisitionner un octogénaire,  hospitalisé de surcroît.

Lors d’une proposition de résolution de M. Christian Estrosi enregistrée à l’Assemblée nationale le 12 septembre 2001 tendant à la “création d’une commission d’enquête sur les trafics d’armes en provenance des anciennes zones de conflits des pays de l’Est”, celui-ci dénonce l’économie souterraine des cités et les trafics d’armes à destination, notamment, des pays en voie de développement. Ce trafic d’armes est favorisé par des prix très concurrentiels, l’insuffisance des contrôles et la liberté de circulation à l’intérieur de l’espace Schengen.  “C’est ainsi que notre pays est aujourd’hui confronté à l’installation sur notre territoire d’un nouveau type d’organisations criminelles émanant d’anciennes zones de conflit (…) qui, une fois sur le sol européen, dispose de toute latitude pour cacher, stocker et utiliser ces armes de guerre à des fins criminelles”. “Les services de police se déclarent aujourd’hui dans l’impossibilité de lutter efficacement contre ces nouveaux trafics originaires des pays de l’Est. Ainsi la police judiciaire et les Renseignements généraux connaissent certaines caches et stocks d’armes, mais ils s’avèrent impuissants d’agir faute d’une législation adéquate mais également faute de moyens.

C’était il y a dix ans. Rien n’a changé depuis. Tout a empiré. Et pourtant Monsieur Nicolas Sarkozy après 10 ans au pouvoir en qualité de ministre de l’Intérieur puis de Président de la République avait promis de “nettoyer au Karcher” les quartiers difficiles. Il a fait de grandes déclarations, a poussé son coup de sang à chaque drame, a promis et promettra encore une grande fermeté sans concession parce que ces drames ne sont plus admissibles. Cela fait des décennies qu’ils ne sont plus admissibles et pourtant la situation s’empire chaque jour. Par l’effet de la subversion, telles des grenouilles maintenant chaudes et déjà bien engourdies, nous ne voyons pas la violence montée quotidiennement autour de nous et que dans certains quartiers, nous sommes déjà dans une situation de guerre civile. Ce n’est pas l’Etat qui nettoie les quartiers au Karcher, ce sont maintenant les narco-traficants qui nettoient la société à la Kalachnikov.

Mais alors que faire ? La violence ne doit pas engendrer la violence. Il ne s’agit en fait que de rendre à l’Etat sa souveraineté et son autorité. La France a la chance d’avoir une équipe de sécurité et un corps d’armée compétents et motivés qui ne demandent qu’à se mettre au service de l’Etat. Est-ce possible ? Comme le demandait déjà M. Estrosi en 2001, il suffit “d’adapter notre système légal et nos moyens de lutte”.  D’autres Etats l’ont déjà fait. Le Brésil en novembre 2010 a entrepris une offensive éclair en déployant 2600 parachutistes, fusiliers marins, membres des forces d’élite de la police et policiers militaires, appuyés par des blindés et des hélicoptères pour déloger les 600 narco-traficants retranchés dans les favelas du Complexo do Alemãoles de Rio. Les jours suivant, près de 18 000 hommes sillonnaient les rues de Rio, plus de 1600 voitures de patrouille étaient mobilisées et plusieurs hélicoptères militaires volaient au-dessus de la ville.  On peut juste regretter les motivations qui ont généré une telle prise de décision. Il s’agissait en fait pour les autorités brésiliennes d’endiguer la violence endémique de Rio avant d’accueillir le Mondial de football en 2014 et les jeux Olympiques en 2016.

Le gouvernement français doit-il aussi attendre sa carotte économique ? Le Front National serait-il le seul parti politique français à prendre l’engagement d’endiguer la criminalité liée au trafic de drogue sans tenir compte des enjeux financiers ? Il faut dire qu’il s’agit sans doute d’un des rares partis politiques à pouvoir se vanter de combattre à mains nus, non encombrées d’éventuels mallettes ou attachés-case !

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