La région se doit d’être exemplaire en matière environnementale

Assemblée plénière du Conseil régional Auvergne – Rhône-Alpes du 14 juin 2018 : dans un amendement, Muriel Coativy (RN) a demandé à la Région d’être exemplaire en matière de politique environnementale.

Stratégie environnement énergie : faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la première Région durable d’Europe (avec amendements)

Intervention de Muriel Coativy – 14 juin 2018

Rapport n°AP-2018-06 / 07-1-1655


En Assemblée plénière auvergnate et rhônalpine du 14 juin 2018, Muriel Coativy (RN) s’est prononcée sur la stratégie environnement-énergie de l’Exécutif de Laurent Wauquiez.

Monsieur le Président, chers collègues,

Nous ne pouvons qu’applaudir des deux mains un projet qui voudrait faire de notre région la première région durable d’Europe puisqu’au-delà de nos différents politiques, notre planète est notre bien commun. Mais attention, il s’agit là que d’un objectif, pas d’une stratégie. Votre stratégie sera les choix que vous retiendrez pour parvenir à des résultats tangibles.

Or, nous restons méfiants. Par exemple, sur la qualité de l’air, dès demain, en commission permanente, vous allez faire voter un projet d’investissement de 2M€ dans une ligne de bus 100% électrique à Valence. Pourquoi ne pas préférer des trolleybus avec une alimentation classique par caténaire plus économique, plus robuste et plus écologique car sans composant chimique ? Et attention ! L’usage d’un moteur électrique n’engendre pas de pollution sur le lieu d’utilisation mais c’est oublier un peu vite qu’il a fallu produire l’électricité et que cette production est aujourd’hui au 2/3 fossile dans le monde. Rien qu’en Allemagne, où l’électricité est à 50% au charbon et 10 % au gaz, utiliser une voiture électrique engendre, fabrication comprise, les mêmes émissions par km qu’une voiture à essence ! Dans ces conditions, parler de « propreté » pour un véhicule électrique est soit de l’ignorance, soit de l’imposture…

Cela nous amène donc nécessairement au sujet de quelle production et quelle consommation d’énergie en Auvergne Rhône-Alpes pour demain.

Vous souhaitez dans un premier temps une augmentation de la production d’ENR de 54%. Soit puisqu’investir dans les « énergies renouvelables » est en tête des 10 commandements de tout militant « pro-climat » qui se respecte. Mais de quelles ENR parlons-nous ?

Du bois énergie ? De la méthanisation ? Vous faîtes la promotion d’énergies émettrices de CO2 et vous favorisez la déforestation, l’artificialisation des terres et l’appauvrissement des sols.

De l’éolien, du solaire ? L’intermittence de ces énergies ne leur confère aucun avenir et la focalisation médiatique sur ces deux sources d’énergie reste l’arbre qui cache la forêt.

Vous nous assurez des créations d’emplois ? Vous savez pertinemment que l’essor d’une nouvelle activité se fait au détriment d’une autre. Vous oubliez de raisonner par « effets de transfert » c’est-à-dire de chiffrer tous les emplois qui seront détruits ailleurs par effet direct ou indirect.

Et on ne parle pas ici du coût de l’énergie qui va s’en trouver nécessairement augmenté.  Si l’électricité se met à coûter plus cher et que le consommateur conserve toujours le même budget, faute de croissance en Europe, il va nécessairement dépenser un peu moins ailleurs ce qui se traduira, toutes choses égales confondues, par moins d’emplois.

Dans un deuxième temps, vous souhaitez une baisse globale des consommations de 23 %

Vous nous dîtes « cela se fera de façon indolore » grâce à l’Efficacité énergétique. On va pouvoir produire toujours plus en consommant beaucoup moins sans créer la moindre perturbation dommageable à cette bonne vieille planète.

Foutaise. Certes l’efficacité énergétique augmente mais dans la mesure où, mondialisation oblige, il s’agit de toujours produire plus pour consommer plus, la consommation d’énergie ne pourra jamais décroître. La notion de croissance verte n’est qu’une vaste fumisterie pour nous dire que demain tout sera sous contrôle et en fait la situation semble chaque jour nous échapper un peu plus.

La bonne solution aujourd’hui est de savoir comment gérer un monde sans croissance, là où la baisse du pouvoir d’achat va devenir la règle.

Notre priorité doit être d’investir dans des moyens efficaces par euro dépensé.

  1. Pour cela, à l’heure d’aujourd’hui, la première solution reste de promouvoir le nucléaire qui arrive en tête des actions les plus efficaces de CO2 évité par euro investi !
  2. Il va falloir en outre dégonfler les métropoles et retrouver des noyaux urbains à taille plus modeste et mieux répartis sur le territoire.
  3. Il va falloir conserver notre indépendance de choix énergétique. Ne pas ouvrir nos concessions des barrages hydroélectriques à la concurrence, notamment à Total. Ne pas accepter des accords CETA ou TAFTA qui ruinent nos agriculteurs et notre biodiversité.
  4. Il va enfin falloir apprendre à reconsidérer comme normal de payer cher les objets, d’en avoir moins, de ne pas s’attendre à ce qu’ils soient remplacés dans l’heure par un objet toujours plus performant et moins cher. Il va falloir produire et consommer mieux. Il va falloir produire et consommer local. Il va falloir choisir entre la concurrence ou l’environnement (bis). Parce que l’espace de jeu collectif se réduit un peu plus chaque année. Là encore, les notions de priorité nationale, protection de nos frontières, protection de notre économie, protection de nos moyens de production énergétique doivent primer sur tout le reste.
  5. Et puis, n’oublions pas… Comme tout le monde va devoir faire des efforts, ceux qui sont aux commandes devront en faire eux-mêmes et suffisamment pour donner envie au reste de la population d’en faire sans se sentir les dindons de la farce. Le refus de notre amendement de ce jour marque hélas un très mauvais point de départ.

En conclusion, nous voterons pour ce plan à l’objectif louable mais la stratégie retenue sera sans aucun doute à mille lieux de notre conception de notre société de demain et nous serons assurément amenés à voter contre les mesures d’application retenues pour déployer ce plan.

Je vous remercie.


Amendement présenté par Muriel Coativy

Exposé des motifs :

Les objectifs de votre Exécutif sont clairs et ambitieux : en 2030, 36 % de la totalité de l’énergie consommée doit être couverte par des énergies renouvelables grâce à une augmentation de la production d’ENR de 54 % et une baisse globale des consommations de 23%. En outre, la quantité de déchets sera réduite de 12%, la quantité de déchets enfouis sera divisée par 2 et le taux de valorisation matière sera porté de 54% à 70%.

Lorsque l’on observe d’un peu plus près le fonctionnement actuel des deux sites de Région à Lyon et à Clermont-Ferrand, nous ne pouvons que vous inciter à prendre solennellement un engagement d’exemplarité bien au-delà des usages pratiqués. Vous le dîtes vous-mêmes : « nous n’avons pas le choix » !

En conséquence, nous proposons :

AMENDEMENT :

Ajouter un point III-f. rédigé comme suit :

La Région, en sa qualité de chef de file, s’engage à être exemplaire dans le déploiement du plan d’actions, notamment quant à la réalisation des objectifs définis aux points a et b sur ses deux sites de Région à Lyon et à Clermont-Ferrand. Cette exemplarité sera mise en valeur grâce à un rapport triennal.


Amendement présenté par Muriel Coativy

Exposé des motifs :

Les objectifs de votre exécutif sont clairement annoncés : en 2030, 36 % de la totalité de l’énergie consommée doit être couverte par des énergies renouvelables grâce à une augmentation de la production d’ENR de 54 % et une baisse globale des consommations de 23%.

Ces objectifs sont utopiques et irréalisables, économiquement et stratégiquement, en l’état actuel de notre technologie énergétique et de notre volonté réelle de vouloir individuellement modifier nos comportements. En fait, ces objectifs dépendront trop étroitement dans les 15 prochaines années de la démographie et de la reprise économique mais aussi des moyens que nous déploierons dans la recherche. Nous sommes en tête des pays les moins polluants en CO2. Grâce au nucléaire et à l’énergie hydroélectrique, nous avons acquis une indépendance de choix énergétique et avons une des énergies les moins chères de la planète. Et nous voulons perdre tout cela au nom d’engagements chiffrés pour satisfaire les ayatollahs de la croissance verte.

Alors, soyez ambitieux, soyez courageux. Ne tombez pas dans le piège d’une vision européiste dirigée par un diktat allemand de toujours plus de CO2. Ne vous soumettez pas à des objectifs de chiffres qui nous contraindraient à toujours plus de dépendance, toujours plus de coûts à la charge des citoyens.

Gardez-vous d’être innovant, réactif, en fonction de l’avancée de la recherche qui doit être la priorité de notre région. L’énergie de demain, donnons-nous les moyens de l’inventer aujourd’hui, sans se fourvoyer dans de coûteux et inutiles investissements à l’impact écologique négatif et qui se feront au détriment de l’intérêt collectif.

En conséquence, nous proposons :

AMENDEMENT :

Supprimer la fin de la phrase du point III.a. comme suit :

III.a. Energie : produire mieux, innover et consommer moins pour atteindre 36% de la totalité de l’énergie consommée couverte par des énergies renouvelables (19% en 2015) – Annexe 1